Pour la première fois, un homme a été soigné en France d'une maladie génétique fréquente, la bêta-thalassémie, par transfert d'un gène.
«Le jeune Français, d'origine vietnamienne et thaïlandaise, auquel le gène correcteur a été administré à l'âge de 18 ans présente une forme de la maladie - dite “betaE/beta0” - fréquente en Asie du Sud-Est», explique le Pr Marina Cavazzana-Calvo (hôpital Necker, Paris). Cette anomalie génétique est responsable d'une déformation des globules rouges, entraînant leur destruction précoce, une anémie et différents troubles dus à une surcharge de l'organisme en fer consécutive aux transfusions répétées.
L'équipe du Pr Philippe Leboulch (CEA) avait réalisé il y a près de dix ans la première correction d'une anémie génétique chez la souris par thérapie génique. Il a encore fallu de longues années avant de mettre au point un protocole sur l'homme. Schématiquement, il a d'abord fallu mettre au point un lentivirus contenant le gène corrigé et totalement inoffensif pour l'homme. « Le malade a d'abord subi un prélèvement de moelle osseuse dont les cellules souches ont été extraites, explique le Pr Cavazzana-Calvo. Ces cellules souches ont été cultivées avec le lentivirus modifié afin que le nouveau gène s'insère au cœur des cellules souches.» Enfin, le malade a reçu une chimiothérapie pour détruire sa propre moelle osseuse malade. Et 48 heures après, les cellules souches modifiées lui ont été réinjectées par voie intraveineuse. «Le patient est resté environ un mois à l'hôpital, indique le Pr Éliane Gluckman, pionnière en matière de greffe de moelle osseuse (hôpital Saint-Louis, Paris). Au bout de onze mois, il n'avait plus besoin de transfusion, note le Pr Marina Cavazzana-Calvo. C'est une grande avancée mais qui devra être confirmée avec d'autres patients.»
Les hémoglobinopathies (bêta-thalassémie et drépanocytose) sont les maladies héréditaires les plus fréquentes. Elles sont dues à des défauts du gène commandant la production de la bêta-globine, composant essentiel de l'hémoglobine qui transporte l'oxygène dans les globules rouges. Dans les formes sévères, les patients anémiés survivent grâce aux transfusions et à un traitement destiné à éliminer l'excès de fer qui s'accumule à cause des transfusions répétées.
Les médecins sont prudents. Ils ont reçu l'autorisation de poursuivre leur essai mais ils ont attendu d'avoir un recul suffisant avant d'annoncer les premiers résultats.
Source : Le Figaro
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