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mardi 26 octobre 2010

Cancer : les questions que les femmes se posent

Le Dr Marc Espié, oncologue, a répondu pour Metro France aux questions des feminautes et metronautes européens sur les cancers féminins qui touchent chaque année près de 65 000 femmes en France.


Emanlan : Bonjour Docteur, ma tante, la soeur de mon père, est morte d'un cancer du sein et sa fille aussi. Est-ce qu'il y a des risques pour moi, même si le lien de parenté est du côté du père ? Merci.
Hélas oui ! La transmission du cancer du sein passe à la fois par la lignée maternelle et la lignée paternelle.

Privacy6: Ma mère – qui est décédée aujourd’hui - a eu un cancer pendant qu’elle était enceinte de moi. Est-ce que je cours plus de risque de développer un cancer ?
Non, vous ne courrez pas de risque, le placenta servant de barrière entre le sang maternel et le foetus.

Dodo664: Est-ce que les changements hormonaux pendant la grossesse peuvent faciliter le développement d’un cancer ?
Les changements hormonaux pendant la grossesse ne peuvent pas créer de cancer. Il est possible cependant pour le cancer du sein qu'ils puissent accélérer la vitesse de croissance d'un cancer pré-existant.

Aly683: Est-il plus commun de développer un cancer après la ménopause ?
Oui. Le cancer est une maladie des gens âgés : il y a donc plus de cancers après la ménopause qu'avant. Les cancers de l'endomètre, de l'utérus et du sein sont plus fréquents après la ménopause. Le cancer du col est plus fréquent avant.

Akinom1958: Est-ce qu’il y des preuves scientifiques qui permettent de dire que des facteurs psychologiques comme le stress etc. peuvent provoquer un cancer – ou l’inverse ?
Nous n'avons toujours pas de certitude sur le sujet, le cancer est une maladie pluri-factorielle, chacun réagit différemment à un stress, en fonction de son histoire personnelle.

Kera72: Est-ce que les mycoses à répétition peuvent favoriser le cancer du col de l'utérus?
Non. Les mycoses ne facilitent pas la survenue d'un cancer du col. Cependant le cancer du col est une maladie sexuellement transmissible, et se sont les infections à papilloma virus (Hpv) qui augmentent ce risque.

Calcaneum: Le syndrome des ovaires dystrophiques micropolykystiques peut-il évoluer en cancer?
A priori, non.

Calcaneum: Prendre la pilule contraceptive pendant plusieurs années protège t-il ou au contraire expose t-il encore plus aux risques des différents cancers féminins?
C'est compliqué : la pilule protège du cancer de l'ovaire et du cancer de l'endomètre. Il y a un excès de cancers du col de l'utérus associé à la pilule, probablement parce que les femmes qui prennent la pilule n'utilisent pas de préservatifs. La pilule peut accélérer la vitesse de croissance de cancers du seins préexistants, mais ne va pas les créer.

Xxxcarriexxx: On m’a diagnostiqué un papillomavirus, est-ce que ça veut dire que je serai atteinte d'un cancer un jour?
La majorité des lésions liées au papillomavirus régressent et disparaissent. Mais certaines peuvent évoluer vers un cancer. Une surveillance régulière est donc nécessaire.

Shaz024: Est-ce qu’il y a des aliments qui augmentent le risque de cancer ?
On a peu de certitudes, les cancers du sein, des ovaires et de l'endomètre étant plus fréquents aux Etats-Unis et dans les pays d'Europe du Nord, il faut probablement éviter une alimentation de type nord-américaine et privilégier une alimentation méditerranéenne.

Cheryl90: Est-ce que si je mets le portable dans mon sac ou dans la poche, je risque d'avoir un cancer ?
Je n'en sais rien ! Il n'y a pas de démonstration d'un risque augmenté de cancer féminin lié au portable.

Elisab86: Les kystes au sein peuvent-ils se transformer en cancer ?
Les kystes n'augmentent pas le risque de cancer du sein, mais ils peuvent être associés à des lésions appelées hyperplasies atypiques, qui elles, augmentent le risque.

Ravellina: Y-a-il un lien entre les tumeurs et un système immunitaire affaibli ?
Le système immunitaire fait partie des défenses de l'organisme, certains cancers (reins, mélanomes, sarcomes) peuvent survenir plus fréquemment si le système immunitaire est considérablement affaibli.

Norlega13: Quels sont les symptômes du cancer de l’utérus et du cancer des ovaires ?
Le principal symptôme du cancer de l'utérus, ce sont des saignements vaginaux après la ménopause, et une sensation de gêne dans le bas du ventre. Il y a peu de signes en cas de cancer des ovaires, cela va de la douleur abdominale à des troubles des règles, à des pertes hémorragiques, des ballonnements, des troubles du transit abdominal...

Savachrist: Des douleurs au sein sont-elles un signe du cancer du sein ?
Rarement. Généralement le cancer du sein est indolore, sauf certaines variétés comme le cancer du sein "inflammatoire" : le sein devient brutalement rouge, douloureux et chaud.

Savachrits: Des douleurs pendant les rapports sexuels sont-elles un danger ? Ou signe de cancer ?
Généralement non. Une consultation gynécologique est souhaitable.

KittleKat2: Quelques cancers ne semblent pas avoir de symptômes particuliers. Comment savoir si je dois faire des examens ?
Oui. La majorité des cancers à un stade précoce ne s'accompagnent pas de signes. La seule façon des les dépister est : Pour le cancer du sein : le dépistage systématique par mammographie. Pour le cancer du col : le frottis vaginal.

Travelgirl4: L’endométriose, est-elle un signe de cancer ?
Non. Il existe peut-être un petit excès de cancer de l'ovaire associé à l'endomériose.

Elisa86: Pour diagnostiquer le Hpv, il suffit de faire un frottis ou il faut faire aussi d'autres examens ?
On peut diagnostique l'Hpv par un frottis, on peut aussi faire des prises de sang.

Elisa86: Le cancer des ovaires peut-il être détecté avec une échographie ?
Oui. Mais souvent trop tard. L'échographie systématique des ovaires n'a pas démontré son efficacité pour un diagnostic précoce.

Nathali2222: A quel âge est-il conseillé de faire des échographies au sein ? Et des mammographies ?
En l'absence d'anomalies, en France on recommande une mammographie de dépistage systématique à partir de 50 ans. Personnellement, je pense souhaitable d'effectuer une mammographie de référence à 40 ans. L'échographie n'est pas toxique, elle est recommandée chez les femmes jeunes et si les seins sont denses.

Tatagommy: Est-il vrai que si je prends la pilule anticonceptionnelle, depuis plusieurs années, je dois faire une mammographie de contrôle, même si j’ai moins de 25 ans ?
Non. 25 ans, c'est trop jeune pour faire une mammographie, car l'irradiation peut causer des cancers. A 25 ans, le cancer du sein est exceptionnel.

Kiriro: Combien de temps après la fin des thérapies contre le cancer peut-on procéder à la reconstruction du sein ?
On peut envisager une reconstruction mammaire de 6 mois à 1 an après la fin de la radiothérapie.

Nathali2222: Est-ce qu’on peut mourir d'un cancer de l’utérus ?
Oui, mais c'est très rare, car généralement on les diagnostique tôt.

Soleluna815: Après un cancer au sein, pourrais-je allaiter du sein qui n’a pas été opéré ?
Oui. Il n'y a pas de raison de ne pas essayer.

Soleluna815: Je suis enceinte après un cancer du sein. Les thérapies que j’ai suivies peuvent-elles créer des problèmes ou des malformations chez le foetus ?

Non, les médicaments sont rapidement éliminés. Au bout de 6 mois, il n'y a plus de risque pour le foetus. On conseille cependant d'attendre 2 à 3 ans avant de débuter une grossesse.

Jestemina: C'est normal de prendre 10kg pendant le traitement chimio et hormonothérapie ? Je prend du nolvadex et du zoladex ?
En effet, les femmes prennent souvent du poids pendant la chimiothérapie et l'hormonothérapie, sans qu'on en connaisse exactement les causes .Il y a une modification du mode de vie, des habitudes alimentaires, une tendance à grignoter pour couper les nausées, parfois une envie de se faire plaisir... Il est possible que la ménopause créée par les traitements facilite également cette prise de poids.

Source : Metro France
http://www.wikio.fr

mardi 7 septembre 2010

Cancer du sein: la thérapie qui redonne espoir

A Nantes, des patientes bénéficient d'un traitement prometteur, moins lourd et plus précoce qu'une radiothérapie classique. Une première en France.


L'idée de ne pas jouer au golf pendant plusieurs mois lui pesait beaucoup. Marianne l'a dit à ses médecins quand ils ont évoqué ensemble son cancer du sein, en avril dernier. "On vous proposera peut-être quelque chose de neuf", a suggéré l'oncologue. Sa patiente n'a pas tardé à le vérifier. Grâce à un nouvel appareil, baptisé l'Intrabeam, la retraitée accro des greens peut se remettre à son sport favori dès la rentrée. Au lieu de la trentaine de séances d'irradiations prévues pour traiter son type de cancer, cette septuagénaire n'en a subi que quelques unes, dont la première, au bloc, le 17 juin: directement après l'ablation de la tumeur, avant que la zone soit remodelée et le sein refermé. Une première en France...

Troquer 30 à 33 séances de rayons contre une seule irradiation

Se remettre d'un cancer en quelques semaines, bien des malades en rêveraient. Outre Marianne, trois autres Françaises ont déjà profité de la nouvelle technologie pratiquée au centre de lutte contre le cancer René-Gauducheau, dans la périphérie nantaise. Dans le meilleur des cas, l'utilisation de l'Intrabeam leur a permis de troquer les 30 à 33 séances de rayons prodiguées cinq à dix semaines après la chirurgie contre une seule irradiation pendant l'opération. Au pire, si l'analyse de la tumeur rend malgré tout nécessaire une irradiation de la glande mammaire, ce traitement leur épargne au moins les cinq à huit dernières séances.

Réaliser une irradiation pendant l'ablation de la tumeur

"Quand on sait que les malades parcourent chaque jour plusieurs dizaines de kilomètres pour recevoir ces rayons, ce confort n'est pas négligeable, estime le Pr David Azria, cancérologue radiothérapeute au centre montpelliérain Val-d'Aurelle - Paul-Lamarque, auteur d'un article consacré à cette nouvelle technique dans la revue médicale The Lancet, en juin dernier. J'ai croisé des patientes qui refusaient la radiothérapie ou se faisaient enlever le sein simplement pour éviter ces allers-retours."
Montpellier et Bordeaux prêts à suivre
D'autres équipes françaises ont aussi les yeux braqués sur l'Intrabeam. Adepte de la radiothérapie peropératoire depuis vingt ans, le centre Val-d'Aurelle - Paul-Lamarque de Montpellier fera l'acquisition du nouvel appareil le 15 septembre et pourrait en proposer l'usage à certaines patientes de plus de 65 ans avant la fin de l'année. "La technique devrait se diffuser rapidement", prédit sur place le Pr David Azria.
D'autres centres, comme Oscar-Lambret, à Lille, étudient le dossier de près. A Bordeaux, l'Institut Bergonié dispose déjà de locaux homologués pour pouvoir utiliser l'Intrabeam. Reste à acquérir la machine, qui coûte la bagatelle de 500 000 euros. "Le financement n'est pas totalement ficelé, mais on espère une mise en route avant la fin de l'année", souligne le Dr Christel Breton-Callu, radiothérapeute dans ce centre de lutte contre le cancer.

Grâce à ce nouveau système de radiothérapie "peropératoire", c'est-à-dire pratiquée au bloc à l'intérieur du sein et non plus en consultation externe, un tel dilemme ne devrait bientôt plus se poser. Un progrès immense, dont l'outil n'a pourtant rien de spectaculaire. Le fameux appareil, un "accélérateur linéaire mobile à rayons X", est commercialisé depuis plus de dix ans par l'entreprise allemande Carl Zeiss Meditec, mais seulement depuis mars 2009 en France. Il se présente comme une sphère fixée au bout d'un bras articulé. La boule vient se poser dans le sein ouvert, s'adaptant à la taille de la cavité opératoire. "On ne peut pas être plus précis", explique le Dr Magali Le Blanc-Onfroy, oncologue-radiothérapeute, qui chapeaute le dossier au centre René-Gauducheau.

Difficile, aussi, d'être plus précoce dans le traitement du cancer. En irradiant à l'intérieur du sein dès l'ablation de la tumeur, on limite le plus tôt possible le risque de développement des cellules cancéreuses autour. Et c'est essentiel: "Dans 80 à 85 % des cas, la récidive est observée sur cette zone opératoire", précise le spécialiste.

Des rayons moins toxiques

Ce 17 juin, jour de l'opération de Marianne, l'équipe médicale nantaise est sortie du bloc et commande l'Intrabeam à distance. Une caméra reste braquée sur la patiente, une autre sur les écrans de réanimation. De l'applicateur jaillissent 20 grays (unité de mesure de la puissance des rayons): dix fois plus qu'en une séance de radiothérapie classique, mais près de trois fois moins qu'en 30 séances... L'irradiation est aussi moins toxique, évite la zone du coeur, des poumons, de l'oesophage et préserve les tissus sains.

"Les rayons classiques, envoyés en externe, sont violents pour la peau, commente la patiente déjà remise de son opération. Alors, autant les éviter au maximum..." En ce début septembre, la septuagénaire arrive au bout de ses séances d'irradiation. Elle masse son bras droit, celui qui guide son swing et dont elle espère qu'il souffrira le moins possible. Le centre nantais René-Gauducheau, derrière elle, a fait peau neuve en 2009. "On a pu construire un bloc opératoire spécialement équipé pour accueillir l'Intrabeam", se félicite le Dr Le Blanc-Onfroy. Les murs ont été recouverts de 20 centimètres de plomb, les portes et vitres, de 2 millimètres.

Une méthode employée dans neuf autres pays

La spécialiste nantaise parle posément, l'air assuré et rassurant. Quatre ans qu'elle planche sur le projet. Sur son bureau, un épais dossier jaune étaie son propos, frappé de l'acronyme Targit (Targeted intraoperative radiotherapy), du nom de l'étude pilotée par l'équipe londonienne du Pr Michael Baum, à laquelle le centre nantais collabore désormais. 28 de ses homologues étrangers l'ont déjà précédé. Ils sont britanniques, américains, allemands, italiens, polonais, suisses, danois, canadiens ou australiens. Tous utilisent l'Intrabeam. Au total, plus de 2230 patientes ont participé au programme depuis mars 2000.

En juin dernier, les résultats de l'étude ont été présentés pour la première fois au 46e congrès de l'American Society of Clinical Oncology (Asco), à Chicago, où le gratin mondial de la cancérologie se réunit chaque année. "En termes de récidive locale, l'équivalence entre la radiothérapie peropératoire et postopératoire est confirmée", se félicite le Dr Le Blanc-Onfroy.

Cinq ou six patientes éligibles chaque mois

Gare, toutefois, aux faux espoirs ou aux enthousiasmes démesurés. Si la technique marque une avancée incontestable, en l'état actuel du protocole, le traitement n'est aujourd'hui proposé qu'aux femmes présentant un faible risque de récidive. "La tumeur doit vraiment être de petite taille", précise le Pr David Azria, à Montpellier. Et si l'étude Targit réserve son accès aux plus de 45 ans, en pratique, "l'âge médian des patientes de l'échantillon est de 63 ans".

A Nantes, la barre est d'ailleurs d'office placée à 60 ans. Au final, elles seront cinq ou six femmes éligibles chaque mois, soit moins de 20 % des patientes opérées pour un cancer du sein, avec irradiation subséquente, au centre René-Gauducheau. "Un deuxième essai international devrait être lancé pour les malades à haut risque dans le courant de l'année prochaine, indique le Dr Le Blanc-Onfroy. La technique pourra être proposée à un panel plus large de patientes, dont les moins de 60 ans. Pour le moment, on reste prudent: " c'est un début, et un bon début."

Source : L'Express http://www.wikio.fr